
Le meilleur projet IA que j’ai livré ne contient pas d’IA
On me demande de l’intelligence artificielle, et je passe une bonne partie de mon temps à expliquer où il ne faut surtout pas en mettre.
Un exemple que tout le monde connaît
Un client signe un devis, et derrière il se passe toujours la même chose : on crée sa fiche dans le logiciel de gestion, on lui envoie un mail de bienvenue, on prévient l’équipe et on planifie la première échéance de facturation.
Quatre gestes qui sont toujours les mêmes, dans le même ordre. Aujourd’hui quelqu’un les fait à la main, et il lui arrive de se tromper, parce que c’est répétitif et que l’opération est faite par un humain. Errare humanum est.
C’est exactement le type de tâche qu’on m’apporte en disant « il nous faudrait de l’IA pour ça ».
Non, il vous faut un tuyau.
Un tuyau fait la même chose aujourd’hui, dans six mois, et le jour où votre commercial est en vacances. Il ne réfléchit pas, et c’est exactement ce qu’on lui demande.
Alors le devis est signé un vendredi à 18 heures, et tout est déjà fait avant que le commercial ait refermé son ordinateur. La fiche existe, le mail de bienvenue est parti, l’équipe est prévenue et l’échéance est posée dans le calendrier de facturation. Personne n’a rien ressaisi, personne n’a rien oublié, et le client a le sentiment d’avoir affaire à une maison qui tourne.
Les vingt minutes économisées comptent, mais le vrai gain est ailleurs. Ces quatre gestes, personne ne les aime, et quand vous demandez à un collègue d’enchaîner des tâches « débiles » il traîne des pieds, il repousse à demain, et il finit par en bâcler une. Cette résistance-là n’apparaît dans aucun de vos process, et pourtant elle vous coûte tous les jours. En confiant la corvée à un tuyau, vous ne prenez la place de personne, vous soulagez quelqu’un.
Le temps récupéré ne s’évapore pas non plus. Il retourne là où vos gens sont irremplaçables, et où aucun tuyau n’ira jamais.
Comment savoir
Prenez deux de vos collaborateurs qui connaissent bien le sujet, et donnez-leur la même tâche. Vous leur donnez les mêmes informations, et vous regardez ce qu’ils produisent.
S’ils font exactement la même chose tous les deux, à chaque fois, alors vous avez affaire à une règle. Automatisez-la, mais n’y mettez pas d’IA.
S’ils peuvent aboutir à deux résultats différents et que les deux se défendent, alors il y a du jugement quelque part. Trier des demandes floues, comprendre ce qu’un client veut vraiment dire, résumer trois cents pages, rappeler le client qui hésite ou décider de ce qui passe en premier. C’est là que l’IA a sa place, et elle y est excellente.
Ce que vous payez quand vous vous trompez de cas
Mettre de l’intelligence là où une règle suffisait, ça a un prix et c’est rarement annoncé. Ça se paye à chaque exécution et non pas une seule fois, ça peut donner une réponse aujourd’hui et une autre demain sur la même facture, et vos données sortent de chez vous pour aller se faire lire ailleurs.
Le tuyau, lui, vous le payez une fois. Il est prévisible, on peut le vérifier, et vos données ne bougent pas.
Alors elle est où, l’IA, dans mes projets ?
Elle est dans l’atelier, pas dans le produit.
Elle m’aide à comprendre votre besoin plus vite, à écrire le logiciel, à le tester et à le maintenir quand une faille de sécurité apparaît. Elle a transformé mon métier, sincèrement, mais ce que je vous livre au bout est le plus souvent un logiciel parfaitement classique, presque ennuyeux, qui fait la même chose tous les matins.
Le paradoxe est là : mes clients croient acheter de l’IA dans leur outil, alors qu’ils l’achètent en réalité dans le délai et dans le prix.
La question à poser
La prochaine fois qu’on vous vend un projet d’IA, il y a une question qui coûte trente secondes et qui vous en dira long sur ce que vous avez en face : dans ce que vous me livrez, qu’est-ce qui prend une décision, et pourquoi faut-il qu’il la prenne ?
Sur mon dernier projet, la réponse honnête a été : rien. Et c’était une bonne nouvelle.
Est-ce un sujet sur lequel vous auriez besoin de renfort en ce moment ? Un échange de trente minutes suffit en général pour savoir s’il vous faut de l’intelligence, ou juste un bon tuyau.